Samedi 9/03 la peau, support des sensations

Deux hommes tatoués, époque Edo, D.R.

La peau est l’organe qui s’offre à tous les vents, qui crépite sous les morsures du soleil. L’épiderme s’embellit sous l’effet de l’aiguille, fin stylet qui distille encre et motifs de beauté. La peau est un support d’expression et un support de sensations. À propos des liens entre la beauté et la douleur, que dit Le Tatouage de Junichirô Tanizaki ? La seconde est-elle nécessairement le corollaire de la première ? Un atelier pour travailler le conte autour de l’art du tatouage.

Chaque instillation d’encre lui coûtait un effort infini ; chaque mouvement pour enfoncer et retirer l’aiguille lui arrachait un profond soupir, comme s’il perçait son propre cœur comme un asservissement total.

« Le Tatouage », Junichirô Tanizaki, première parution 1901, nombreuses rééditions.

Mots et toile

Les ados écrivent

Carte de l'île de Manabé Shima, carnet à histoires et motifs japonais : ambiance pour écrire une nouvelle située sur l'archipel japonais

Atelier ados : Écrire une nouvelle qui se situe au Japon.

Vous avez entre 10 et 15 ans ? Vous aimez écrire ? Rejoignez-nous lundi 25, mardi 26 et mercredi 27 février de 14h00 à 16h30. En trois après-midis, approchez-vous d’un Japon inventé, raconté, créé pour des que naissent des histoires : les vôtres !
Terre de paradoxes, le Japon fascine. De par ses couleurs, ses traditions mêlées à la modernité, sa solennité et son rythme fulgurant, ce chapelet d’îles n’a pas fini de livrer ses secrets ! Le Japon est à la croisée des chemins : esprits, fantômes, sensibilité aux saisons, croyances reliées à la nature et en l’au-delà, attention au quotidien. Autant d’éléments à la portée des apprentis écrivains. Aussi, écrire une nouvelle qui se passe au Japon est la proposition du Cabinet d’écritures pour les vacances d’hiver 2019. Durant trois séances, les ados sont au cœur de la création littéraire. Utilisez l’écriture comme un moyen de re-connecter avec ce qui nous passionne pour construire un monde écrit, qui a des contraintes et des exigences, et nous porte vers la liberté.
Mots et toile

Charlotte Perriand, mémoires solaires

« Rien n’est dissociable, ni le corps de l’esprit, ni l’homme du monde qui l’entoure, ni la terre du ciel », Ch. Perriand, Une vie de création, Odile Jacob, 2005, p. 17.

J’ai toujours aimé le travail de Charlotte Perriand. Ses réalisations en ameublement ou en architecture sont fonctionnelles, sobres et en accord avec l’environnement dans lequel elles prennent place : vie urbaine, stations d’hiver, appartements sous combles… Elle, la petite gamine de la Place du Marché-Saint-Honoré, bercée au milieu des tissus et des aiguilles, se souvient en un flash d’un épisode marquant pour toute sa vie future : vers l’âge de dix ans, un court séjour à l’hôpital lui fait détester l’appartement paré de bibelots de ses parents. Elle trouve ce lieu trop chargé à son goût et « pleure » parce qu’elle se sentait si bien dans les espaces blancs, dépouillés de l’hôpital.

Charlotte Perriand, Une vie de création

Charlotte Perriand, Une vie de création


De ce livre destiné à nous renseigner sur la formation, l’oeuvre et la vie de Charlotte Perriand, on ressort dynamisé, aiguillé vers des sommets de minimalisme, de fonctionnalisme et d’équilibre. J’entame avec grand bonheur la relecture de cet ouvrage qui retrace la vie foisonnante d’une jeune fille animée d’une joie créatrice hors du commun, bien déterminée à faire entendre sa voix dans un univers souvent dominé par les hommes -l’architecture- et pas des moindres, puisqu’elle travailla principalement avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret, mais aussi le peintre Fernand Léger.
Comment la définir ? Définitivement « moderne », en réaction aux dogmes traditionnels, c’est aux côtés de Fernand Léger, Pierre Jeanneret et Le Corbusier qu’elle lutte pour défendre un projet de l’art d’habiter où l’homme est au centre, et pas l’objet. C’est sans doute parce qu’elle a fait de ce précepte la ligne directrice de toutes ses recherches que les meubles qu’elle a dessinés et vu réalisés sont confortables et devenus des classiques du design aujourd’hui.
En parallèle, Charlotte Perriand s’empare des questions d’hygiène et de salubrité liées à l’habitat collectif. Les très mauvaises conditions de vie qui étaient celles de beaucoup de franciliens dans l’entre-deux-guerres mènent Charlotte Perriand à ce constat : comment habiter les villes au XXe siècle ? Pour la fillette d’ascendance savoyarde qui a grandi dans la campagne Bourguignonne jusqu’à ses trois ans, le grand air, le soleil et la présence des potagers sont fondateurs. Elle s’attacha à lier l’homme à ses environnements d’habitat et de travail. Plusieurs voyages au Japon (1940-1941, 1954) lui permettent de confronter ses projets d’ameublement et d’architecture avec les traditions japonaises dans lesquelles les matériaux diffèrent de ceux qu’elle connaît en Europe : la grande place occupée par le bambou et la maîtrise du papier, extrêmement présent dans l’ameublement nippon (papier de riz).
Récemment, Louis Vuitton a financé comme mécène « La petite maison au bord de l’eau » dont les esquisses préparatoires remontent de 1936 (quelques images). Décédée en 1999, Charlotte Perriand n’aurait pas dit non à un bon bain de soleil sur la terrasse centrale.
Charlotte Perriand, Une vie de création, Odile Jacob, Paris, 2005, 425 pages.

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