Se laisser porter par le flot : un printemps 2022

Balade des Quatre Lacs, Jura, mars 2016. D.R.

C’est par un texte ondin, ode à l’eau, que m’a envoyé Ziz, voix familière, que je me suis aperçue qu’il manquait quelque chose en ce début de printemps. Prenons les 4 éléments qui, s’ils se trouvent en proportions égales – équitables, du moins – favorisent un équilibre à l’extérieur de nous, laquelle harmonie se répercute à l’intérieur de nos corps et de nos âmes. Les anciens pouvaient tout résumer dans cette formule consacrée : mens sana in corpore sano. De l’air, il n’en manque pas. Les bourrasques décoiffent, les rafales emportent et le vent abrutit. De la terre, suffisamment, au jardin et par pains. Du feu, en quantités raisonnables, car c’est au soleil de prendre le relais. Mais de l’eau, de l’eau qui court, dans les ruisseaux, dans les torrents, dans les rivières ; de l’eau stagnante, dans les canaux, dans les marais, dans les lacs, dans les étangs ; de l’eau salée, à la mer, à l’océan : le fluide vital se dérobe, car il n’y a de baignade qu’en pleine nature. Dans une étendue salée, la Méditerranée a ma préférence.

Un texte qui plaît est comme de l’eau à bonne température : il enveloppe, murmure, chahute, délivre des secrets. Sans intention particulière, avec de la légèreté et du baume au cœur, c’est ainsi que je vous souhaite d’accueillir le printemps. Primesautier, vert, souple. Clin d’œil à ce propos, je vous livre un texte que j’avais écrit à l’automne 2020, quand les journées mordorées scintillent encore.

J’ai passé quatre jours à Toulon. Cette ville aux étranges connotations s’est avérée un petit bonbon dans ma cartographie d’une France que je garde encore méconnue, comme tant d’autres villes et endroits (la Creuse, le Morbihan, les Alpilles, la Normandie, la Savoie), et Toulon d’apparaître comme une surprise agréable : la mer devant la ville, des rues pavées, des ruelles achalandées, des ciels bleus et les clairs reflets du soleil sur l’eau pour leur répondre, des délices pour le palais, des musées, des librairies. Mon premier souvenir de Toulon remonte à l’été 2019, l’embarcadère pour la Corse, une ville passage, où l’on ne marque pas d’arrêt, une ville sans visage, qui se mure derrière des enceintes édifiées par Vauban pour celle qui se fait surnommer “ville de garnison”. Le point d’ancrage de Toulon, la rade qui accueille des bateaux, est une ouverture vers le large, la méditerranée, la Corse, et, plus au sud, la Sardaigne. Les ferries en mouillage avant leur prochain départ hissent leurs couleurs contrastées de jaune franc et de bleu marine le long des voies routières, face au stade Mayol, en lisière toute proche du centre de la ville. Quelques plages de sable et de galets sont hospitalières, je les devine grossissantes de chairs exposées durant l’été. Mais nous sommes là fin octobre et la plage se repose des corps alanguis, les vagues se lavent des ambres solaires déposant une pellicule grasse, réplique de l’écume, la posidonie a colonisé le littoral sans se faire déloger, les crabes s’amusent, je rentre d’un coup dans cette eau limpide et plutôt chaude – 18° murmurent les habitués derrière – et nage, longtemps. En face de moi, se dessine Saint-Mandrier, j’imagine les îles si luxuriantes visitées cet été, Porquerolles, Port-Cros, les îles d’Or et du Levant. Cette zone tampon qu’est la plage me réjouit toujours, les ressacs d’hier, sous la bruine et les bourrasques, ont laissé place à une dimension toute autre, estivale et chaleureuse sans engourdir, les degrés du soleil servent juste à absorber les gouttelettes salées sur la peau, sans appesantir l’esprit ; l’eau salée a déjà ragaillardi mes membres. Le poulpe grillé sur la purée de carottes montée à l’huile d’olive, mitonné de frais, s’invite dans l’assiette à La Note bleue, guinguette de bord de plage. Une impression délicieuse m’enveloppe, saupoudrée d’été.

Je vous invite à découvrir ou re-découvrir les dates posées jusqu’au 30 avril car elles ont été actualisées. D’ici-là, portez-vous bien, lisez, écrivez, faites-vous plaisir avec ces pratiques infiniment riches.

=> Pour toute session d’écriture, qu’elle soit autonome ou à l’intérieur d’un déroulé cyclique, votre venue ne dépend pas des autres séances. Je souhaite que vous ayez l’expérience de l’atelier, déjà, et, si cela vous convient, vous pourrez toujours revenir.

Textes, photographies Élise Vandel ou libres de droits. Merci de ne pas reproduire, créez votre propre matériel, c'est mieux :)
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