Ego trip

Devant "Gainsbourg vie héroïque"

La lecture est la toute première étape de compréhension du monde. Décoder, déchiffrer, autant de possibilités d’entrevoir l’environnement direct, l’infini intérieur, le fini extérieur et d’apercevoir des états d’âme en nous autres, humains.

Lus, écrits, dits, les mots sont puissants et j’ai un lien déterminant avec eux.

Les dos des bouquins dans la bibliothèque de mes parents affichaient Toni Morrison, Richard Brautigan, la saga des Rougon-Maquart, René de Chateaubriand, Pascal Lainé, Elsa Morante, Philippe Labro, Maurice Genevoix, voire Betty Mahmoody ou encore André Gide. Moi, en revanche, je n’avais d’yeux que pour Manara, Franquin, Lamartine, Bretécher, Moebius, Gotlib et Florence Cestac. D’ailleurs, je m’abreuvais d’images, poétiques, visuelles, sonores. De sorte que les synesthésies de Charles Baudelaire résumaient bien le fonctionnement de mon univers.

Les dos des bouquins dans la bibliothèque de mes parents affichaient Toni Morrison, Richard Brautigan, la saga des Rougon-Maquart, René de Chateaubriand, Pascal Lainé, Elsa Morante, Philippe Labro, Maurice Genevoix, voire Betty Mahmoody ou encore André Gide. Moi, en revanche, je n’avais d’yeux que pour Manara, Franquin, Lamartine, Bretécher, Moebius, Gotlib et Florence Cestac. D’ailleurs, je m’abreuvais d’images, poétiques, visuelles, sonores. De sorte que les synesthésies de Charles Baudelaire résumaient bien le fonctionnement de mon univers.

À 11 ans, c’est l’illumination devant « Les Mémoires d’Hadrien ». Étudié en classe, avec une prof extraordinaire, je le lis deux fois de suite. En apprend des passages par cœur. Rédige des critiques sur ce que je lis. Tout s’éclaire à ce moment-là. Ma vie, ce sera ça, et rien d’autre : naviguer dans le temps avec les mots pour viatique principal. Je m’enferme dans ma chambre pour composer des poésies aux rimes embrassées. Je disparais des journées entières, étendue sur le plongeon plein de mousse du gour aux Moines, au bord de la Bienne, avec Zarathoustra et Nietzsche pour seuls compagnons. Mettre ses pas dans les pas d’une figure héroïque, comme Yourcenar l’a fait pour compulser sa documentation de l’empereur Hadrien, monument littéraire, pilier organique, plante le décor pour les décennies à venir. La recherche d’un idéal, romantique assumée que je suis alors, me meut corps et âme. Rien de moins simple quand on grandit dans un village engoncé dans une basse vallée du Jura ! Mais comme chez Uderzo et Goscinny, les habitants sont des irréductibles. Les figures sont marquées, les personnalités enlevées au scalpel ; le parler franc, direct, accuse au premier abord.

Dans l’épicerie coopérative tenue par mes parents, tout ce petit monde défile douze heures par jour. Entre les linéaires de sardines à l’huile et les casiers de bouteilles consignées, j’emmagasine le réel. Je sais tout de leurs vies, tant les langues se délient. Sans compter la façon de remplir un panier, habitude qui en dit beaucoup sur la personne. Ce scan intime à travers la liste de courses devient vite un classique du passage en caisse. Yaourts brassés versus crèmes chocolatées, camembert fermier plutôt que fromage à tartiner : une façon de manger, une manière de vivre, de croire et de penser. Un inventaire à la Prévert en somme, prétexte à l’évasion.

Au cours de mes études littéraires, je poursuis le voyage. Les rayons des bibliothèques me fournissent des données au kilomètre. J’accumule de la matière grise, je rédige des mémoires, je fais des fêtes mémorables en costumes d’époque – antique, médiévale, moderne. Même les manuscrits du 11è siècle dont j’étudie la peau parcheminée et les pages réglées me font la conversation. Tandis que les livres précieux, ornés d’enluminures resplendissantes, conservent des airs de grimoires mystérieux.

Ensuite, entre bibliothèque universitaire, librairie indépendante et collège, j’exerce davantage ma passion pour le livre et l’écrit que je suis animée par une flamme. Jusqu’à ce que je participe à mon premier atelier d’écriture. Un déclic se produit. J’animerai moi aussi. À Toulouse, l’offre est pléthorique. De ce fait, j’ai la chance d’écrire dans de nombreux ateliers, ainsi qu’auprès d’intervenants variés. Aussi, d’ateliers en ateliers, de Philippe Berthaut à Iscriptura en passant par Aleph Lyon, je me forme à ce métier. Cependant que la chose écrite demeure le cœur de ma vie.

Mots et toile