États-Unis

Buissons noirs en guise de cils, roches ciselées en guise de pommettes, pierres précieuses en guise d’yeux, lèvres du même rose que l’intérieur d’une conque, une beauté improbable, une fille impossible. […] Des gouttes de rosée sur l’herbe. Des gouttes de rosée sur des brins d’herbe, pareilles à des diamants semés en abondance de sa besace par un farfadet qui passait par là, folâtrant d’un pas ailé dans le jardin de Kweku Sai.

Taiye Selasi, Le Ravissement des Innocents, 2014, Gallimard.

Personne n’aime être confronté à un tas d’éléments disparates dont Dieu seul connaît la signification. Moi-même, je suis incapable de mener une trame jusqu’au bout et d’en faire un roman pur et simple. Moi-même, je suis incapable de tout garder pour moi, ou de m’empêcher de déclencher des tourbillons de significations soudain obscures. Mais si tous les éléments sont rassemblés, peut-être émergera-t-il une certaine impulsion et un sentiment d’appartenance, et l’intégrité d’un espace vide où se dessinent quelques figures ponctuelles sera-t-elle comprise à loisir et dans son ensemble, peu importe la brièveté des rencontres.

Jours tranquilles, p. 16.

  • Eve sert de trait-d’union à ces confidences et témoignages qui se mêlent au fil des portraits qu’elle trace à main levée sous les yeux du lecteur.
  • Une plongée au cœur d’un espace où le réel devient glissant et s’efface derrière les sensations.

Il se rappela avec un respect immodéré le plaisir grandissant qu’il prenait, à dix ans, en regardant des tableaux et en écoutant de la musique classique, l’absence de l’esprit dans cet amour nouveau. Comme il était merveilleux d’aimer une chose sans les compromis du langage. Septuagénaire décrépit, il créerait une série de tableaux purement abstraits sur les phases de la lune qui avaient dominé sa conscience tout en étant à peine observable à New-York. […] Ce serait donc un immense soulagement de peindre et de renoncer au langage de la pensée.

Jim Harrison, Au pays du sans-pareil, in Nageur de rivière.

  • Dans la veine des récits de Jim Harrison qui mêle le réel cru, la nature hostile appréhendée comme un refuge intime et les légendes indiennes
  • écrire un conte qui fasse écho à la magie du milieu aquatique.
Mots et toile