Empan dans l'actualité

DSC_3721

Pont-Neuf, Toulouse


Le monde défaille, hier, encore. À côté de moi, tu murmures oui j’étais là-bas la semaine passée. La matière même de nos êtres nous échappe. Vider nos cœurs des arythmies. Resserrer nos corps lessivés. Colmater la brèche. Se frotter les uns aux autres sans trembler, sans peur.

Tous les textes et photographies publiés sur chezliseron.com sont ma propriété. Merci de ne pas les reproduire, partiellement ou intégralement, sans me l’avoir demandé. Elise Vandel-Deschaseaux.

… la main au collet…

Afficher l'image d'origine

La Grande Odalisque, Vivès, Ruppert & Mulot, Dupuis, Aire Libre, 2012, p. 4


On connaît Bastien Vivès prompt à dégainer ses meilleures balles quand il met au bout de sa plume le sujet qui semble le passionner au plus haut point : la femme libre qui n’a pas froid aux yeux. Il s’associe au duo Ruppert & Mulot pour nous emmener dans un bal masqué de montes-en-l’air expertes dans le vol d’œuvres d’art. Les deux tomes La Grande Odalisque et Olympia tissent une fine cartographie des sous-sols des musées parisiens où trois jeunes femmes s’associent pour voler un Ingres et un Manet, rien de moins. Les trois héroïnes illustrent le mythe du gentleman cambrioleur qui prend les traits d’un trio agile et félin comme l’étaient les nippones « Cats Eyes » des années ’80. Voilà l’occasion de lire un beau diptyque mené tambour battant, au rythme de dialogues truculents et de situations rocambolesques.
La Grande Odalisque, Vivès, Ruppert & Mulot, éditions Dupuis, collection Aire Libre, 2012, ISBN 978-2-8001-5573-9.
Olympia, Vivès, Ruppert & Mulot, éditions Dupuis, collection Aire Libre, 2015, ISBN 978-2-8001-6343-7.

Tous les textes et photographies publiés sur chezliseron.com sont ma propriété. Merci de ne pas les reproduire, partiellement ou intégralement, sans me l’avoir demandé. Elise Vandel-Deschaseaux.

Tokyo version sucrée

Bocal d'azukis (haricots rouges à la base de la préparation an)

Bocal d’azukis (haricots rouges à la base de la préparation an)


Une petite échoppe à l’angle de l’immeuble d’un quartier tranquille régale les collégiennes d’à côté de ses dorayakis, gourmandise sucrée composée de deux pancakes réunis autour de la pâte de haricots rouges confits : an. Son cuisinier excelle dans la confection des galettes. Mais la majorité de sa clientèle déplore le manque de soin apporté au an. Il se concentre sur les pancakes sans vraiment faire cas du fourrage. Jusqu’au jour où une mystérieuse femme, plutôt âgée pour travailler, insiste pour qu’il l’embauche sur la simple foi de ses talents culinaires, en l’espèce une pâte de an à tomber. Dès lors, tous deux travaillent en symbiose et aux aurores pour créer des dorayakis qui feront vite la réputation de l’échoppe. Attentif aux gestes et à l’attention que la vieille femme met à l’œuvre pour confectionner son confit, le cuisinier ne regardera plus son métier du même œil. Le dernier film de Naomi Kawase, Les délices de Tokyo (An en version originale) pose un regard poétique et lent sur les choses. Les plans sur les cerisiers qui fleurissent puis se dénudent, les fils électriques des lignes ferroviaires, élément graphique récurrent des paysages urbains de l’archipel, ou bien les étapes de la confection de la pâte de an qui se transforme en une ode à la geste comme élément noble et simple de la vie de tous les jours. Cette attention portée aux choses infimes, animées ou non, est une habitude japonaise, érigée en principe esthétique qui porte le nom d’hosomi et traverse le film de part en part. Une amitié finira par lier la vieille dame, le cuisinier et l’une des collégiennes qui vient régulièrement se régaler de dorayakis. Le titre du film m’a évoqué une ballade nourricière assortie d’un foisonnement de plats, un peu comme dans Le gourmet solitaire. C’est par une fenêtre dérobée que Naomi Kawase pénètre dans l’histoire de son peuple, dans son rapport intime à la nourriture et à l’éphémérité des choses. Un film à voir, absolument.
An, Japon, 2015, scénario et réalisation Naomi Kawase, durée : 1h53, sortie : 27/01/2016.

Tous les textes et photographies publiés sur chezliseron.com sont ma propriété. Merci de ne pas les reproduire, partiellement ou intégralement, sans me l’avoir demandé. Elise Vandel-Deschaseaux.