L'Inventoire. Un site de création littéraire en revue + mon texte

Je vous donne le lien vers le site de création littéraire L’inventoire. La création littéraire en revue. Mon texte court y est publié suivant une consigne d’écriture à partir de « Mr Gwyn » d’Alessandro Baricco. J’ai eu vent de ce bouillonnant site par mon amie Marie-Claude, dont je suis passionnément les ateliers d’écriture depuis presque quatre ans. Marie-Claude anime un atelier de deux heures le mardi soir à la MJC du Pont-des-Demoiselles à Toulouse. Elle aime à rappeler que l’esprit de l’OuLiPo règne dans son atelier. Les écrivants que nous sommes sont là pour jouer, avec les mots, les phrases, le ton… On ne se prend pas au sérieux mais on produit les exercices demandés. Chaque atelier demeure un souffle d’air chaud et chaleureux. Bonne(s) lecture(s) !

Toutes les images, tous les textes publiés ici {sauf mention contraire} sont ma production et ma propriété. Merci de ne pas les reproduire ou les utiliser sans m’en faire la demande.

"Araki enfin. L'homme qui ne vécut que pour aimer". Philippe Forest

Araki enfin. Philippe Forest, Gallimard, Art et artistes, 2008.

« Araki enfin. L’homme qui ne vécut que pour aimer »

Araki c’est Nobuyoshi, rien à voir (ou plutôt, tout à regarder) avec Gregg Araki, le cinéaste. Sulfure et homonymie point barre la comparaison s’arrête là. Nobuyoshi Araki, photographe japonais né à Tokyo en 1940 est l’auteur d’une oeuvre qui prend pour motif central la femme et le sexe féminin. Il résume lui-même cette ballade érotique par la fascination que les femmes exercent sur lui. Philippe Forest sous-titre judicieusement son essai L’homme qui ne vécut que pour aimer. Le motif sexuel peut être littéral (gros plans), métaphorique (fleurs d’orchidée, pivoine), métonymique (séances de bondage), accessoire ou accessoirisé (présence récurrente de dinosaures en plastique métaphores des pulsions d’Araki).
La culture japonaise ne fonctionne pas comme la nôtre, c’est juste une évidence mais il est bon de le souligner parce que cela conditionne quand même la réception des oeuvres. Je ne vous apprendrai peut-être rien de neuf mais j’aurais pas bien belle allure à taire les us suivants. Les japonais adorent les attributs sexuels au sens religieux. Les vulves et autres pénis sont objets de vénération. Au Japon et au printemps, il y a une fête shinto de la Fertilité : Kanamara Matsuri ou festival du phallus d’acier. Ce n’est ni plus ni moins qu’un défilé de pénis géants au milieu d’une foule dense et compacte. Je ne connais guère d’équivalent septentrional, si je me trompe, informez-moi d’éventuels défilés européens où l’on brandit des phallus monumentaux. Les japonais sont aussi réputés pour pratiquer une sexualité « débridée », là encore, c’est une question de point de vue. En tous cas le tabou ultime au pays du Soleil-Levant est de prononcer « je t’aime ». Le comble du film porno japonais est de montrer des visages expressifs, bien plus transgressif que des gros plans sur les organes génitaux.

Nobuyoshi Araki a fait connaître le bondage en Occident. Il photographie énormément ses modèles attachées. Si, pour N. Araki, la corde « est comme une caresse », il faut aussi préciser et nuancer la définition du terme et du concept qui est graduelle. Je la prends dans Japon. Miscellanées :  le bondage est 1. une pratique sado-masochiste qui consiste à ficeler sa ou son partenaire en vue d’agrémenter un rapport sexuel. 2. Le bondage est également une technique très ancienne de torture, un « art du ligotage militaire dont les raffinements se déclinaient selon le rang des personnes à châtier ». 3. Aujourd’hui, le shibari est un art du ligotage progressif à destination érotique agissant par stimulation des centres d’énergie. 4. Pour finir, le bondage de suspension consiste à suspendre le/la partenaire. Comme le soulignent les auteurs, délier est plus dangereux que lier (p. 160).

Cet essai de Philippe Forest vient combler une part manquante à l’analyse de la culture japonaise en France, car il ne l’aborde pas que sous l’angle de l’art photographique. Les formes artistiques traditionnelles du haïku, des ukiyo, et du « roman du je » [développer son oeuvre à la façon d’un récit personnel] dépoussièrent et affinent les définitions que je lis habituellement. Le haïku notamment n’est rien d’autre qu’un jeu, une « enfance de l’art s’exerçant contre* la littérature ».
À la page 31, ce qui tient lieu d’incipit du récit de sa vie publié sous le titre du Voyage sentimental (1971), Araki explique aux lecteurs « qu'(il) n’en peux plus […] parce qu’il y a trop de photographies de mode autour de nous et qu'(il) […] ne supporte pas ces visages, ces corps nus, ces morceaux de vies privées et ces décors qui ont l’air tout aussi faux. Ce livre est différent de ces photographies truquées […] ». Les photographies qui déroulent aussi le fil de sa vie, comme les paragraphes d’un roman, les séquences d’un film, instillent une réalité dans toute chose désirante. Car il y a dans chaque photo de femme la présence de Yoko, sa femme décédée d’un cancer, à laquelle il ligote et relie un peu plus les fragments féminins mis en scène, pour s’approprier le manque de l’être chéri.

*c’est moi qui souligne.

Araki enfin, L’homme qui ne vécut que pour aimer, Philippe Forest, Gallimard, « Art et artistes », 2008, 157 pages. 25,40€. ISBN 9782070120253.
Toutes les images, tous les textes publiés ici {sauf mention contraire} sont ma production et ma propriété. Merci de ne pas les reproduire ou les utiliser sans m’en faire la demande.

La Grande Réserve, Caspar David Friedrich (Vade-mecum 2)

La Grande Réserve, Caspar David Friedrich (1874-1840). Huile sur toile peinte ca. 1832, 73,5 × 102,5 cm.

Probablement ma madeleine de Proust en peinture : dans ce tableau composé comme une photo prise en grand angle, l’espace de la peinture est vaste, il tend vers l’infini. Les formes étendues des nuages répondent aux marais qui se dilatent sous l’effet optique de l’arrondi du sol. Le point de fuite amène notre regard à se concentrer sur l’horizon, matérialisation de l’infini dans le genre du paysage peint. La ligne bosselée dessinée par la cime des arbres contraste avec les deux espaces supérieur et inférieur qui la bordent, le ciel et le sol. C. D. Friedrich a mis son expérience de théosophe au service de sa peinture : ses paysages sont emprunts d’une forme immense de sagesse parfois inquiétante, parce que questionnante. L’homme y figure la plupart du temps en petites dimensions, seul dans un monde vaste, dont la connaissance doit se défricher, par strates. L’équilibre formel et chromatique de cette toile me procure encore un grand apaisement quand je la regarde.

Haïku olympique !

Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui je publie deux posts bien distincts. Comme demain je m’en vais chez Régine Detambel m’initier à la bibliothérapie créative, je préfère prendre les devants.
Je remercie mon amie Séverine d’avoir relayé l’info… À l’occasion de la sortie de son livre Autrefois l’Olympe – Mythes en Haïkus, illustré par Cécile Hudrisier, Agnès Domergue a publié sur son blog un appel à haïkus sur les thèmes de la mythologie grecque. J’y ai participé, voici ma production :

Captive de ta beauté

Tous les jours tu tisses

L’amour d’un mari éloigné

Devinez de quel(le) héroïne il s’agit 😉 Je vous souhaite une belle et bonne journée, ensoleillée par le ciel bleu, les rires de vos enfants, les papotages avec vos amis, les lectures lumineuses ! À très vite.
 

L'argent. Marie Desplechin, Emmanuelle Houdart (illustratrice).

L'Argent, Marie Desplechin, Emmanuelle Houdart. Éditions Thierry Magnier, 2013.

L’Argent, Marie Desplechin, Emmanuelle Houdart. Éditions Thierry Magnier, 2013.


L’argent n’est ni facile, ni dû, ni une solution à tout. L’argent ne fait pas le bonheur, c’est le nerf de la guerre. L’argent peut manquer, se gagner à la sueur de son front, être volé ou dilapidé. On peut hériter d’argent, mon père me dit qu’il faut trois générations pour défaire un héritage. On peut être vénal, choisir de ne plus en faire une monnaie d’échange, faire comme si jamais il ne manquait, se faire de l’argent sur le dos des autres.
Je peux filer la métaphore longtemps, mais voilà, la question est toujours là, au coeur de la condition de l’homme né moderne, ultra présente chez l’homme post-moderne. Marie Desplechin écrit ici un conte contemporain au fil de douze monologues saisissant les rapports variés à l’argent. Elle arpente les versants symboliques de la monnaie, la monnaie comme vecteur d’échanges pas que pécuniaire. Derrière l’argent, se lovent des transactions sous-jacentes -affective, assassine, solidaire, vengeresse, salutaire. Marie Desplechin brosse une galerie de personnages aux caractères marqués. De ces contrastes jaillissent des relations forcément compliquées ; les relations tortueuses que chacun entretient avec l’argent. Tout ce petit monde, la dynastie centrale du récit et les amis, sont assez hauts en couleurs, grâce à la palette vive et baroque d’Emmanuelle Houdart.
Le livre se construit en douze chapitres autour des personnages principaux et s’articule en un arbre généalogique dont chaque branche est un élément saillant de la famille. Chaque chapitre s’intitule du prénom des protagonistes, en quelques mots un incipit propose une orientation de son rapport à l’argent – et aux autres.
Parution octobre 2013 / 27,5 x 37 cm / 56 pages
ISBN 978-2-36474-305-2
prix indicatif : 21.90

Livres !

Livres !

Livres !, Écrit par Murray McCain et illustré par John Alcorn, Éditions Autrement 2013.


Jour neigeux venteux blanc sur la ville rose. Bon en quelque sorte ça tombe bien, dans le sens où c’est l’hiver avant tout, et ça tombe bien aussi si vous avez ce livre sous la main. Un livre qui s’intitule Livres ! ne laisse aucun doute sur son contenu : il s’empare très bien de son sujet, les choucas. Paru en 1962 aux États-Unis il ressort SEULEMENT en 2013 aux Éditions Autrement. Et ce n’est pas un luxe, pas superflu, encore moins saugrenu. Les livres produisent un tas d’effets, j’y recherche ou j’y trouve des choses très différentes, qui varient même selon le moment de la vie où je les lis, plus rarement les relis. Le même livre a plusieurs épaisseurs. Je parle bien sûr ici du sens, mais le fond sans la forme ne serait rien du tout, il n’atteindrait pas grand’chose ou pas grand’monde. Là réside toute l’intelligence de ce petit format cartonné à la police de caractères délicieusement rétro et aux coloris super méga flashy = le trio magenta-ocre-orange a aimanté mon regard comme un stroboscope dans la blancheur éclatante de la bibliothèque. Livres ! est d’ailleurs paru dans la collection « Vintage » des Éditions Autrement.
Livres ! ressort des oubliettes avec cette réédition et sa toute première traduction en français. La France qui aime tant les livres, les prix littéraires, les saisons littéraires, les romanciers, les lecteurs et les lectrices, les bibliothèques et les librairies, laisse volontiers les anglo-saxons concevoir ce genre d’opus inclassables qui présentent la richesse et la puissance de la lecture, des livres et de l’imagination. Livres ! n’est pas épais, n’est pas bien haut, il a l’élégance de sa condition : tout faire tenir de son vaste sujet en quelques pages (d’ailleurs, il n’y a pas de pagination). Un livre c’est de la cellulose, du papier, des pages, des mots, des images, des lettres jolies imprimées aujourd’hui qui ont remplacé les lettrines fabuleuses des manuscrits et autres incunables. Dans Livres ! justement un soin tout particulier est apporté aux caractères, à la mise en page et à la couleur : efficacité du propos, liberté d’interprétation des textes : autant de supports à tant d’autres livres.
Évidemment en cinquante ans il y a du changement, le passage de la page papier à l’écran qui fait tout défiler si vite étant sans doute le plus conséquent, mais le livre matériel remplit encore bien des étagères. Une prouesse graphique et un contenu synthétique qui ouvre les possibilité infinies de l’aventure qu’est la lecture. Voilà pourquoi j’ai eu envie d’écrire quelques lignes sur ce Livres ! N’oubliez jamais, si vous avez perdu votre billet d’avion pour Calcutta, si votre aller-retour Bordeaux-Namur a connu les affres du tambour du lave-linge, si votre Fiat 500 a rendu l’âme, si le co-voiturage n’arrive pas jusqu’à chez vous, si la station de Vélib’ la plus proche n’en contient plus aucun, prenez un livre dans votre bibliothèque : voyage garanti.
Mini format, poids plume, richesse graphique, chromatique et symbolique : bingo pour ce petit livre sur les livres. Vous pouvez (vous l’) offrir sans retenue.
Un mot en particulier ou plutôt une page a retenu mon attention : « Chaque mot a un sens, sauf peut-être supercalifragilisticexpialidocious » appris-je dans Livres ! Si le terme presque imprononçable et insensé fut popularisé grâce à Mary Poppins dans la bouche de Julie Andrews (Walt Disney, 1964), j’aimerais en connaître l’origine, qui à mon avis, ne sera jamais rien d’autre que plus ou moins exacte. Les auteurs de ladite chanson, les frères Richard M. Sherman et Robert Sherman expliquent que ce mot leur est venu lors d’un jeu pendant leur enfance. Bien. Une autre explication tout aussi sujette à caution renvoie au jeu littéraire des homophonies approximatives. Dans la langue de Shakespeare, cela donne un propos sur le Mahatma Gandhi qui serait « super calloused fragile mystic hexed by halitosis ». D’où le jeu sur les sonorités proches des mots qui aurait donné : supercalifragilisticexpialidocious. Je suis preneuse pour une autre hypothèse… même improbable et folle !
Livres !, écrit par Murray McCain et illustré par John Alcorn, © 2013 Éditions Autrement pour l’édition française. ISBN 978-2-7467-3348-0. 11,50€. Titre original Libri ! Publié pour la première fois aux États-Unis en 1962 par Simon & Schuster, Inc. © Topipittori Milan 2012.