L’Amérique, Joan Didion


L'Amérique - Chroniques, Joan Didion, Le Livre de Poche, Biblio Essais, 2014.

L’Amérique – Chroniques, Joan Didion, Le Livre de Poche, Biblio Essais, 2014.

Accoudée à la portière de sa Corvette Stingray, Joan Didion, tout visage tourné vers le spectateur, mais le regard déterminé, comme toujours scrutant ses contemporains, fume une clope. La couv’ de L’Amérique – Chroniques en dit long sur cette femme aux yeux en amande et à la moue lippue. L’une des écrivaines les plus fines de l’Amérique de son temps fut tour à tour et simultanément journaliste pour la New York Review of Books entre autres, scénariste pour Hollywood, romancière (Maria avec et sans rien). Elle apparaît comme essayiste au lectorat français en 2007, tardivement donc, après des centaines de papiers publiés outre-atlantique, avec le titre L’année de la pensée magique. Il obtint le Goncourt de l’Essai et un retentissement critique et public.

Ici je me penche sur le recueil de onze chroniques rédigées des années 60 à 80, L’Amérique. Enregistrement des mouvements qui firent tressaillir l’Amérique enserrée par l’interminable Guerre du Viet-Nam et l’avènement des années-fric, ces onze textes tissent le portrait d’un pays désaxé, écartelé entre les conventions et les changements politico-économiques à venir. Avec son ton froid, distancié, presque clinique, Joan Didion retrace les errances de ses semblables, personnages marquants pour la plupart : les activistes des Black Panthers (Stokely Carmichael et Rap Brown), la panique qui gagne New-York au moment du viol de la « Joggueuse de Central Park », les Doors, les autoroutes autour de San Bernardino et Honolulu. Dans son écriture, Didion refuse tout sentimentalisme, ne cède jamais à la facilité d’une transcription journalistique plate. Elle dit, simplement, avec une puissance servie par des mots utiles, forts, bâtis en phrases monumentales parce qu’étayées et brutes, le monde dans lequel elle poursuit son existence.

Ce florilège de bons textes transcende l’imagerie pop, parfois mièvre et dégoulinante des États-Unis, dont la face cachée se révèle passionnante et riche de 1001 possibles. Californienne de naissance, passée par Big Apple, revenue à L.A., Didion trimballe son viatique d’Est en Ouest, et cette poignée de textes en témoigne, merveilleusement.

Joan Didion, L’Amérique – Chroniques, Le Livre de Poche, Biblio Essais, 2014, 329 pages. ISBN 978-2-253-15649-9

A propos elise vandel

Écrivain public et animatrice d'ateliers d'écriture à Toulouse, ponctuellement à Lyon et en Franche Comté, j'écris pour vous et fais écrire les autres.
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