Eugénio de Andrade, Matière solaire


« Vivre, c’est illuminer de lumière rasante l’épaisseur du corps » Eugénio de Andrade.

Lire en prose est très répandu, une pratique universelle ou presque, lire la poésie l’est moins. Lire de la poésie c’est moins évident… pourquoi ? Cela appelle à la profondeur, au ralentissement, ce que n’implique pas forcément un récit, un essai, une narration graphique. Et ce ralentissement peut occuper de toutes petites séquences temporelles durant lesquelles la lecture en mode concentré opère. Le bénéfice de ces instants brefs retentit en général longtemps.

Matière solaire, Eugénio de Andrade

Matière solaire, Eugénio de Andrade

Matière solaire est l’un des rares recueils de poèmes écrits par Eugénio de Andrade. L’auteur, lusophone, de son vrai nom José Fontinhas, est né en 1923 et mort en 2005 à Porto. Il a reçu le prix Camoes de la littérature portugaise en 2005 (la plus haute distinction des lettres portugaises). Cela n’a aucun sens d’égrener les lauriers qui auréolent les gens, si ce n’est ici d’en souligner l’oeuvre singulière. Eugénio de Andrade parcourt la galaxie des poètes portugais dominée principalement par Fernando Pessoa, mais son génie est de faire oeuvre malgré l’ombre imposante de ce colosse des lettres.

Je ne connaissais rien de lui, je ne lisais d’ailleurs à ce moment-là qu’assez peu de poésie, mais j’avais été séduite par le titre, Matière solaire, qui dit une indicible attraction pour les paysages lumineux, la goutte jaune éclatante, et palpable puisqu’il y a « matière » à… Dans ce recueil, E. de Andrade sonde les profondeurs des corps, les frotte à l’explosion lumineuse. Les poèmes, au nombre de cinquante, sont de forme libre pour la plupart, ou des tercets. Ils sortent dans une lumière douce, tiède, surtout pas zénithale mais biaisée, offrant des éclairages sensibles de l’humain dans sa chair, dans son corps, avec l’autre.

Une impression de plénitude, de bain dans la lumière m’avait complètement envahie à la lecture de ce recueil que j’ai trouvé trop courte, tellement rapide, tant j’en redemandais. D’autres recueils sont publiés aux éditions La Différence : À l’approche des eaux et Versants du regard et autres poèmes en prose.

Bonne lecture ! Et vous, quelles suggestions faites-vous en cette fin d’année ? Festives, maussades, fraîches, grises, colorées, lourdes, roboratives, ludiques, sages, déraisonnables ?… La liste est longue, n’hésitez pas à la compléter !

Matière solaire (recueil de cinquante poèmes, 1980), suivi de Le poids de l’ombre (recueil de soixante poèmes, 1982) et Blanc sur blanc (recueil de cinquante poèmes, 1984), nrf Collection Poésie/Gallimard, 2004. Préface de Patrick Quillier. Traduit du portugais par Michel Chandeigne, Patrick Quillier et Maria Antonia Camara Manuel. ISBN 2-07-031468-5.

A propos elise vandel

Écrivain public et animatrice d'ateliers d'écriture à Toulouse, ponctuellement à Lyon et en Franche Comté, j'écris pour vous et fais écrire les autres.
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