Monologues du vagin, Eve Ensler


Partant d’un constat que le mot même de vagin est tabou, Eve Ensler s’en va défricher les terrae incognitae de l’organe copulatoire féminin. Elle fait ainsi tomber bien des tabous sur la sexualité des femmes. En dépouillant le vagin couche par couche, au fil de quelques deux cents entretiens, elle lui redonne une place et un droit de cité que beaucoup de civilisations lui refusent. Elle a entièrement recomposé ces entretiens pour ces Monologues du vagin. De journaliste, Eve devient écrivain-dramaturge et performeuse, récitant ces monologues sur les scènes de multiples théâtres, universités, cafés, salons du monde entier. Le matériau obtenu après les séries d’entretien, de discussions et de débats avec des dizaines de femmes est malaxé jusqu’à obtenir un résultat nuancé, subtil, profond, intime et primitif, ce passage en revue poétique, charnel, douloureux, jouissif, timide, chaste, sauvage, brûlant de la cavité vaginale.

Eve Ensler, Monologues du vagin

Eve Ensler, Monologues du vagin, Balland, Paris, 1999

Ensler et les femmes de sa génération (elle est née en 1953) ne disposaient, pour désigner leur sexe, que du « ça, là, en bas » tout au mieux pudiquement véhiculé oralement par les mères, tantes et cousines ; au pire de rien, ce rien qui vide de sa substance et qui dépossède.

Nommer c’est s’approprier, désigner, dire, décrire, construire, tricoter, donner une existence à, donner une forme à, situer quelque chose, renforcer sa présence. Taire c’est amoindrir, mettre en sourdine, démolir, saper, ravaler, se résigner, masquer, enfouir, nier, faire mourir quelque chose.

Lire les Monologues du vagin, c’est éclairer sa propre conscience sur ce que les femmes passent habituellement sous silence, leur sexe, et s’interroger sur le rapport que nous entretenons à notre propre corps et sexualité, avec un/une partenaire ou lors de pratiques onanistes. Les entretiens qui composent les Monologues rendent compte de la palette des femmes et de leur relation ou non-relation avec leur vagin.

En défendant le nom, en ayant proclamé des milliers de fois le mot vagin, Eve Ensler milite pour le respect de soi. Ses écrits féministes, évidents, qui coulent de source, ont rencontré un écho très large parmi les critiques, le public. Ils ont comblé un manque, ouvert un champ de l’exploration artistique et littéraire, décomplexé une partie de l’intimité féminine pourtant bavarde. Aujourd’hui, Eve Ensler poursuit son interrogation du corps, en particulier du corps féminin, à travers son oeuvre écrite, souvent mise en scène, tel que Un corps parfait.

De nombreuses femmes, artistes, écrivaines, plasticiennes, journalistes, vidéastes triturent leur lien au corps et en font oeuvre. Quelques noms qui me viennent à l’esprit :

Annette Messager

Louise Bourgeois

Gloria Friedmann,

Niki de Saint-Phalle

Frida Kahlo

Kiki Smith

Leïla Fréger

Régine Detambel

Nancy Huston

Nathalie Léger

A propos elise vandel

Écrivain public et animatrice d'ateliers d'écriture à Toulouse, ponctuellement à Lyon et en Franche Comté, j'écris pour vous et fais écrire les autres.
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4 commentaires pour Monologues du vagin, Eve Ensler

  1. elisevandel dit :

    @Céline, ravie que cela réactive de bons moments. Je crois qu’on doit pouvoir voir la pièce à Toulouse un peu n’importe quand, en cherchant bien… Merci de ta lecture. Bon week-end.

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  2. elisevandel dit :

    @Cécile, la lecture de ce livre m’a ouvert des portes, qui, bien qu’elles ne m’aient jamais été fermées, ont tout simplement une consistance. Je le relirai, parce que le texte est à la fois lourd (de sens) et léger. Mais, oui, je te le recommande. Ce n’est pas frileux ni osé, cela dit.

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  3. Celine dit :

    Vu à Avignon en 2002 au festival Off superbement interprété par 3 femmes d’une troupe du luxembourg (une trentenaire, une quinqua et une septua à l’époque), texte hyper poignant, parfois drole, parfois émouvant, parfois dur. Mais ça reste un excellent souvenir à recommander chaudement. D’ailleurs du coup je le lirai bien. Merci Elise de rappeler de si bons souvenirs !

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  4. Cécile dit :

    Note que je n’ai pas lu ce livre et comme beaucoup de gens qui préfère se fier à leurs sens qu’aux mots, qui savent faire mais difficilement trouver le mot juste pour parler de ce qu’ils font et comment il le font, je suis admirative de ceux qui trouvent les mots qui gênent, hantent ou sont encore à inventer pour instruire, libérer, exorciser, et finalement banaliser. Mais les mots ne sont que des mots… Et comme dit la formule populaire, « c’est ceux qui en parlent le plus qui en font le moins » …Trivial ? pas sûr …
    A lire donc… ( ou à écouter )

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