Vivian Maier, My name is George #10

Téléphone de la manifestation: 0660937015

  • 11 février 2020
    19:00 - 21:00
Vivian Maier Le Cabinet d'écritures d'Elise Vandel Gaëlle Josse

Vivian Maier, D.R.

Le très beau texte que Gaëlle Josse a consacré à la photographe Vivian Maier sert de fil rouge à cette séance. La critique de la rubrique Livres dans ELLE au printemps 2019 m’avait sauté aux yeux. J’ai reçu ce conseil ce lecture comme un cadeau. Je me suis procuré le livre, paru chez Noir sur blanc, à la librairie Passages à Lyon. Là, la libraire, convaincue du talent et de l’écriture cristalline de Gaëlle Josse, fut une merveilleuse porte d’entrée dans l’œuvre de l’auteure, qui guide habilement dans celle de la photographe qui a érigé le silence et le mystère en étendard.

Une femme en contre-jour, de Gaëlle Josse, aux éditions Notabilia, paru en mars 2019. Il m’a inspiré ce texte :

Vivian Maier. Voici un nom, une identité synonyme de mystère : l’auteure Gaëlle Josse ne le perce pas d’emblée. Elle prend soin de conserver, dans le titre de son formidable roman, un halo qui m’a bercée jusqu’aux dernières pages du livre. C’est un court opus, à la gloire de l’entre-deux, de la faille, de la part d’ombre que l’on a en chacun-e de nous. Vivian Maier n’a connu nulle gloire de son vivant, et, si quelque succès couronne aujourd’hui son œuvre de photographe, c’est encore au prix d’un parcours chaotique.

Et cette arrivée hasardeuse dans le monde de l’art contemporain, modelé par les habitus d’un groupe de gens bien-pensants, éloignés de son environnement, Vivian Maier la catapulte à sa façon : décédée en avril 2009, elle aurait pu emporter dans son sommeil ses milliers de clichés, films et autres documents visuels. Le noir et blanc de ses photographies a eu le temps de s’embuer au fur et à mesure que les années ont passées ; mais pas de s’effacer complètement. L’acquisition des clichés de Vivian par un jeune agent immobilier, du vivant de la photographe, n’a pas fait frémir assez tôt le monde de la photo pour qu’elle caresse un tant soit peu la lumière.

Et c’est toute cette tension, entre volonté farouche d’affirmer son indépendance et éternel sentiment de vanité qui irrigue ce récit. Gaëlle Josse brosse là le portrait d’une femme « qui n’a rien » avec une infinie délicatesse. Sous sa plume agile, nette, sororale, j’ai découvert un portrait tout en respect et en retenue, le portrait sensible et coloré d’une grande artiste qui captura la vie en noir et blanc. La façon qu’a Gaëlle Josse de remonter le fil de la vie de Vivian Maier m’a fait traverser le siècle : des sombres années 1930 en Europe à la bulle immobilière de 2007, tous les événements politiques, esquissés, forment une toile de fond entendue pour son lectorat. À ce va-et-vient répondent les traversées de l’Atlantique, de New-York aux plateaux helvètes. Pour que Vivian se fasse. Pour que Vivian grandisse. Pour que Vivian s’affranchisse d’une famille qui en a le nom mais n’en affiche bien souvent aucune qualité. Et c’est au prix de ce manque affectif, de ces béances dans la lignée, que Vivian va se construire, endosser sa propre vie. Qui se révélera une véritable destinée à retardement. Obstinée, Vivian l’est. Régulière, aussi. Nurse pour des familles de la côte Est, elle tient son Rolleiflex en bandoulière comme pour capter l’indicible, le banal, le sale, l’immontrable en photographie. Elle arpente l’espace urbain et le dit dans ses portraits de petites gens. Elle travaille et voyage dès qu’elle a quelques jours de congé. Seule. Le viseur bien arrimé.

Et dessine, à elle seule, la trame d’un continent nouveau duquel elle a foulé le sol à grandes enjambées, maladroite, discrète, singulière, un continent qui écrit, avec la lumière de ses images, les lignes dansantes d’une descendance élargie : l’humanité, dans son entier.

Rien de plus trivial pour nous, habitué-e-s aux réseaux sociaux, qui surexposons nos vies, qui nous surprenons à les raconter selon les règles du story-telling, que souvent, consciemment, on ignore complètement, rien de plus trivial que cette vie faite destin, qui aurait pu rester tracée au noir de charbon mais qui s’épanouit dans une belle éclaircie.

Lieu:  

Téléphone Lieu: 0660937015

Adresse:
19 avenue de Lespinet, Toulouse, 31400

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